Si vous cherchez « combien facturer un site web », vous avez déjà lu des articles qui répondent « ça dépend ». C'est vrai, et c'est inutile. Alors je vais faire l'inverse : vous donner mes chiffres, ceux que je pratique comme développeur indépendant en Suisse, avec les erreurs que j'ai payées de ma poche pour les apprendre. Ce ne sont pas des vérités universelles, ce sont des repères de terrain. Prenez-les, ajustez-les à votre marché, mais surtout, arrêtez de deviner vos prix au doigt mouillé.

Une précision avant de commencer : ces montants sont en francs suisses, pour un marché suisse. Si vous exercez en France, comptez environ 30 % de moins en euros, la logique reste exactement la même.

Le taux horaire : 130 à 150 CHF, et pourquoi ce n'est pas du luxe

Mon taux horaire se situe entre 130 et 150 CHF. Quand je l'annonce, certains clients avalent leur café de travers. Puis je leur explique ce que ce chiffre contient, et la conversation change.

Un indépendant ne facture pas quarante heures par semaine. Entre la prospection, les devis, les appels, l'administratif, la comptabilité, la formation continue et les trous entre deux projets, vous facturez réellement la moitié de votre temps, les bonnes semaines. Sur ce taux, vous payez ensuite vos charges sociales, votre prévoyance, vos assurances, votre matériel, vos logiciels, vos impôts. Et vous n'avez ni vacances payées, ni arrêt maladie couvert, ni employeur qui cotise pour votre retraite.

Faites le calcul à l'envers : si vous voulez l'équivalent d'un salaire correct de développeur, votre taux horaire ne peut pas descendre bien en dessous de 130 CHF. C'est arithmétique, pas de la gourmandise.

Sur le terrain, je constate que la discussion commence à se tendre vers 90 CHF/h chez certains clients. C'est le seuil où ils essaient de vous tirer. Mon conseil, celui que j'applique : ne bradez pas en dessous. Un client qui trouve que 90 CHF/h c'est encore trop cher ne cherche pas un professionnel, il cherche une bonne affaire. Et les bonnes affaires finissent toujours par coûter cher à quelqu'un : vous.

Pièces et feuilles vierges sur un bureau de freelance

Le piège du forfait sous-estimé

La plupart des clients préfèrent un forfait, et je les comprends : ils veulent un chiffre, pas un compteur qui tourne. Le forfait n'est pas un problème en soi. Le problème, c'est le forfait calculé à l'optimisme.

Voici comment ça se passe la première fois. Vous estimez le site à quarante heures, vous annoncez un prix rond qui vous semble énorme, le client signe. Puis la réalité arrive : le logo n'existe qu'en photo de carte de visite, les textes promis « pour la semaine prochaine » arrivent six semaines plus tard, le client veut « juste déplacer ce bloc », puis « juste ajouter une page », puis « juste » une troisième chose. À la livraison, vous avez passé quatre-vingts heures. Votre taux horaire réel vient d'être divisé par deux, et vous avez souri pendant tout ce temps.

Un site vitrine sérieux me prend environ trois semaines, avec un client qui répond vite. Une application métier, c'est un autre monde : trois à quatre semaines de cadrage, puis deux à trois mois de développement. Quand vous chiffrez un forfait, partez de ces durées réelles, multipliez par votre taux horaire, et définissez noir sur blanc ce qui est inclus. Tout ce qui n'est pas écrit dans l'offre n'est pas dans le forfait. Cette phrase-là vous sauvera plus d'argent que n'importe quelle technique de vente.

Les jalons : 60/40, ou 40/30/30 pour les gros projets

Ne travaillez jamais en mode « tout à la livraison ». Jamais. Le client qui paie tout à la fin est un client qui peut décider, à la fin, que finalement le vert n'est pas le bon vert et que le paiement attendra.

Ma règle : 60 % à la commande, 40 % à la livraison. Le premier versement déclenche le travail, pas la signature, pas la poignée de main : le versement. Un client qui rechigne à payer 60 % d'acompte vous annonce déjà comment se passera le solde.

Pour les gros projets, une application métier sur plusieurs mois par exemple, je passe en 40/30/30 : 40 % à la commande, 30 % à un jalon intermédiaire défini dans l'offre, typiquement la validation des maquettes ou une première version fonctionnelle, et 30 % à la livraison. Le client étale sa trésorerie, vous sécurisez la vôtre, et chaque jalon devient un point de validation formel. Tout le monde y gagne.

Trois enveloppes fermées alignées près d'une petite caisse

« Mon neveu le ferait pour 500 balles »

Cette scène, vous la vivrez. Moi, c'était un patron de PME, sympathique par ailleurs. Je lui présente mon offre, il la lit, il repose la feuille et il me sort, avec un sourire :

« Écoutez, c'est bien joli, mais mon neveu m'a dit qu'il me ferait ça pour 500 balles pendant ses vacances. »

Il y a dix ans, ce genre de phrase me faisait paniquer et baisser mon prix. Aujourd'hui, je réponds calmement :

« Alors il faut le prendre. Sincèrement. Si votre neveu vous livre un site qui charge vite, qui s'affiche bien sur mobile, qui est sécurisé, sauvegardé et encore en ligne dans deux ans, c'est une affaire en or. Moi, je vends autre chose : un résultat garanti, un interlocuteur qui répond, et quelqu'un qui sera encore là quand quelque chose cassera. Si c'est ça que vous cherchez, mon offre est sur la table. »

Deux fois sur trois, le client signe. La troisième fois, il part chez le neveu, et croyez-moi, vous ne vouliez pas de ce client. Ne retenez jamais un client qui veut partir : c'est une règle d'hygiène professionnelle autant qu'une posture de négociation. La phrase à retenir quand quelqu'un négocie trop fort n'est pas une réplique brillante, c'est celle-ci : « Mon prix, c'est mon prix. Je peux réduire le périmètre, pas le tarif. »

Le revenu que tout le monde oublie : l'hébergement et la maintenance

Voici le chiffre que presque aucun débutant ne connaît : le revenu le plus rentable de ce métier ne vient pas de la création du site, il vient de ce qui se passe après.

Chaque site que je livre s'accompagne d'un contrat d'hébergement et de maintenance, autour de 435 CHF par an. Le coût réel de l'infrastructure est bien inférieur : je revends avec une marge de x2 à x3, et cette marge est parfaitement justifiée. Le client ne paie pas un serveur, il paie la tranquillité : mises à jour, sauvegardes, surveillance, un numéro à appeler quand quelque chose ne va pas.

Faites la projection. Avec vingt clients en maintenance, vous encaissez chaque année un revenu récurrent qui tombe sans prospecter, sans vendre, sans négocier. C'est votre coussin de sécurité pendant les mois creux, et c'est ce qui transforme une activité en dents de scie en entreprise stable. Un freelance qui livre des sites sans vendre la maintenance derrière laisse la moitié de son modèle économique sur la table.

Facturer juste, c'est un système, pas un chiffre

Retenez l'ensemble plutôt que les montants : un taux horaire assumé entre 130 et 150 CHF, des forfaits calculés sur des durées réelles avec un périmètre écrit, des jalons 60/40 ou 40/30/30 qui protègent votre trésorerie, le courage de laisser partir les clients qui marchandent, et un revenu récurrent d'hébergement qui stabilise tout le reste. Chacune de ces briques se travaille, et elles s'apprennent bien plus vite quand quelqu'un vous montre les documents, les dialogues et les pièges réels.

C'est exactement ce que je détaille, offre par offre et jalon par jalon, dans ma formation Concevoir un projet full-stack de A à Z : tout le parcours d'un projet client, du premier appel jusqu'au contrat de maintenance qui paie vos mois creux.

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